La maison commune : la mairie

A partir de 1790, ce système immémorial de démocratie directe est remplacé par celui que nous connaissons : la commune est administrée par un conseil municipal à la tête duquel est nommé un Maire. Le Conseil se réunit périodiquement. Ses délibérations sont couchées sur un registre. L'état civil, puis le cadastre, sont confiés aux communes au début du XIXème siècle, ce qui impose de conserver des archives de plus en plus volumineuses. On ignore où le conseil Municipal de Savigny tient ses réunions entre 1790 et 1820 ; ce doit être chez le Maire. L'achat d'une maison L'acquisition d'un immeuble pour servir de maison commune devient nécessaire. La première délibération en ce sens remonte au 2 novembre 1818 : le conseil projette d'acheter la maison d'Etienne BROCARD. "Il est urgent que la commune ait une maison à elle appartenante, soit pour la réunion du conseil, soit pour le dépôt des archives, soit pour le logement de l'instituteur (ou de l'archiviste), etc..." Une enquête "de Commodo" se déroule le 7 février 1819 sous autorité de M. GERARDOT, juge de paix du canton de Dijon, 19 habitants y participent et se prononcent en grande majorité contre le projet : la maison BROCARD n'est pas en bon état et nécessite des travaux de remise en état coûteux. Le projet est donc abandonné.

L'année suivante, Joseph Louis BERNOT propose à la commune de lui céder une de ses maisons situées sur la place. Cette offre est acceptée par délibération du 25 novembre 1819. Dès le 6 janvier suivant, le Préfet confie à M. MORTUREUX l'enquête ''de Commodo". Celle-ci a lieu le 19 mars 1820. 29 personnes expriment leur avis sur le projet d'acquisition : tous se prononcent en sa faveur, la maison convient pour servir de maison commune et de logement pour l'instituteur. Jean GRAPIN, maçon entrepreneur et Jacques Louis GRAPIN, géomètre de 1ère classe du cadastre procède le 24 mars 1820 à l'arpentage et à la description de la maison et de ses dépendances. Le bâtiment principal se compose ''au rez-de-chaussée : d'une cuisine à l'angle sud- est de laquelle se trouve un petit évier faisant saillie sur la cour, et une chambre au nord dans laquelle prend un escalier qui conduit au premier. Ce premier est composé d'une seule chambre qui s'étend sur tout le rez-de-chaussée excepté sur l'évier. Dans cette pièce prend un escalier en bois qui conduit dans un beau grenier régnant sur le tout. A l'ouest, une grange suivie d'une écurie. Au midi une cour''. Ces bâtiments et les terrains sont évalués ensemble 3 500 F. Une ordonnance royale du 30 août 1820 autorise l'acquisition. L'acte en est passé par-devant Maître CHENOD, Notaire à Dijon, pour le prix de l'estimation.

Cet acte nous renseigne sur le passé de l'immeuble : propriété de l'Abbaye de Saint Bénigne de Dijon sous l'Ancien Régime, et servant sans doute de grange, il est vendu comme bien national le 29 thermidor an II à Antoine FOUCHEROT.Gaspard BERNOT et son épouse Catherine ECAILLE l'achètent le 3 fructidor an VIII. Gaspard BERNOT dernier fermier seigneurial de Savigny et premier maire de la commune en 1790 est le père de Joseph Louis BERNOT. Ce dernier, né le 4 novembre 1781 porte l'un des prénoms de son grand-père Jean Louis BERNOT, déjà marchand et fermier seigneurial, qui fait ériger en face de sa porte en 1740 une croix dont le socle subsiste.

 L'aménagement d'une salle d'étude Durant près de quinze ans, la maison reste en l'état. L'instituteur occupe le rez-de-chaussée et fait la classe dans sa cuisine. L'exiguïté des lieux amène à décider de créer dans la grange jouxtant l'habitation, une salle d'étude ''pour l'enseignement simultané". L'architecte COQUELU en dresse le plan le 15 décembre 1834 : son projet se présente sous la forme d'une longue pièce de 9,60 m x 4,20 m, au-dessous de laquelle une cave voûtée est créée. L'éclairage vient au Nord de deux fenêtres et au Sud d'une fenêtre et d'une porte vitrée. Le sol est pavé de pierres d'Ahuy. Tous ces éléments subsistent. 40 élèves prennent place sur cinq bancs de 3 mètres chacun, placés le long des murs. On fait observer à l'architecte que les élèves ne disposent pas des 38 cm requis. Il répond que ceux placés aux extrémités des pupitres n'ont pas besoin de tant d'espace. Le marché est adjugé à Jacques GRAPIN le 22 février 1835, pour 3 295 F. C'est une forte somme si on la compare au prix d'achat de l'immeuble. Mais cela se justifie par la construction d'une cave voûtée dans le sous-sol, après avoir démonté tout le milieu du bâtiment. La réception des travaux intervient le 2 août 1836.

La création de la salle de réunion Si les élèves sont mieux logés, le conseil municipal n'a toujours pas de locaux qui lui soient propres. Le 28 mai 1844, il prend la délibération suivante : ''la commune de Savigny-le-Sec ne possédant pas de salle pour les réunions du conseil municipal que l'on est obligé de tenir dans la salle d'école, a demandé qu'il en fut disposé une dans la partie de l'étage au-dessus du logement de l'instituteur, et que l'entrée distincte de ce logement, fut établie sur la place publique ''. La grande chambre du premier étage figurant au procès-verbal d'estimation de 1820 n'a pas d'accès pratique : comme toutes les maisons anciennes, on n'y pénètre pas directement de la rue, il faut d'abord entrer dans la cour. On doit ensuite traverser les deux pièces du logement de l'instituteur pour emprunter l'escalier. C'est pourquoi, il est indispensable de créer un accès sur la place. Cette contingence fixe les grandes lignes du programme de l'architecte Auguste SIRODOT qui établit le plan le jour même de la délibération : puisqu'un escalier est nécessaire, il convient de lui donner un aspect monumental ainsi qu'il expose dans une lettre du 22 juin 1844, sans doute pour faire admettre le montant du devis : ''Vous verrez qu'il était indispensable, ainsi que je l'ai fait, de décorer le pignon par un péristyle et un escalier à double rampe, afin de donner un aspect convenable au bâtiment du côté de la place ''. Convenable, c'est-à-dire suffisamment ostensible pour différencier la maison commune d'une simple habitation. Les colonnes, le fronton sont des symboles d'autorité facilement compréhensibles pour l'homme au XIXème siècle. Pour compléter le décor de la façade, elle est percée de trois fenêtres aux encadrements moulurés. Une corniche, détail rare à Savigny, souligne le toit. Le Préfet accepte le projet le 18 juillet 1844. L'adjudication a lieu le 4 août suivant un projet d'un entrepreneur de Saint-Julien, Jean PAULY. Les travaux s'élèvent à 2 969 F. Quelques mois après leur engagement, le 8 mars 1845, le Préfet met en demeure le Maire de les interrompre. L'escalier empiète sur la voie publique, ce à quoi le règlement d'alignement s'oppose. Impossible de revenir en arrière ; de plus sans cet escalier le projet de création de la salle de réunion du conseil municipal n'a plus de sens. Le 17 avril 1845, le Préfet accepte la poursuite des travaux, par simple tolérance, à charge de supprimer l'escalier extérieur lorsque la maison commune sera reconstruite. Les travaux s'achèvent comme prévu et leur réception a lieu le 10 novembre 1846. Depuis cette date, la façade de la maison commune n'a pas changé, de sorte qu'il n'a pas été nécessaire de démolir l'escalier extérieur. Qui penserait en voyant la mairie, que l'immeuble n'a pas été bâti à cette fin, et qu'il s'agit d'une habitation ancienne habilement rénovée. L'architecte SIRODOT a bien compris que la petite commune de Savigny-le-Sec n'avait pas un budget lui permettant une construction nouvelle. Sa solution a le mérite de la simplicité élégante. En l'acceptant, malgré un coût, le conseil municipal alliant le beau à l'utile, a su doter Savigny-le-Sec d'un indéniable monument.

                                                                                                            Benoît de CHARRY