En quête d'eau


A travers les siècles, l'alimentation en eau tant pour les hommes que pour le bétail a toujours été un souci pour la collectivité.
Le sous sol de tout le territoire est constitué de calcaire qui affleure le sol avec de nombreuses failles. Cette roche étant perméable, elle ne retient pas l'eau. La commune ne compte aucun point d'eau? on recense quelque spuits plutôt situé sur le dessus du village.

Pour s'approvisionner, les habitants collectaient dans des citernes l'eau de pluie ruisselant des toits. La plupart des maisons disposaient de telles citernes individuelles et plusieurs subsistent encore.

Les besoins collectifs étaient assurés par les trois puits, médiocres aux dires de l'auteur et par des mares, au nombre de deux. Les Mares ; la première, dite du Village, se situait sur la place qui porte aujourd'hui son nom. Elle a été comblée. La seconde, dite de l'Argillière, loin du pays, se trouve sur le chemin des Grandes Charrières. Elle subsiste en partie mais n'est plus entretenue. Ces mares étaient alimentées par les eaux de ruissellement qui dévalaient le chemin et la rue, chargées de boues, de cailloux en aussi d'immondices. Les mares ne pouvaient servir qu'à l'abreuvage du bétail. L'hiver, elles gelaient et l'été, elles s'asséchaient. Les pâtres devaient alors conduire les troupeaux vers des points d'eau permanents, dont en particulier la source de Norges. En contrepartie du droit d'usage de celle-ci, les habitants de Savigny s'étaient, par un acte passé devant notaire le 16 août 1661, obligés à contribuer pour un tiers aux dépenses d'entretien de cette source. Les mares, du fait de leur mode d'alimentation et des variations du niveau des eaux, nécessitaient un entretien constant et des curages réguliers. Au cours du XIXème siècle, les principaux travaux réalisés furent :
      - la création d'un bassin de décantation entre 1851 en 1854 pour la mare du Village, ainsi que la construction d'un mur pour l'isoler du chemin, de façon à améliorer la qualité des eaux.
      - la reconstruction totale de celle de l'Argillière en 1853, confiée à l'entreprise VERNIER, d'Epagny. Les travaux, achevés le 15 juillet 1854, s'élevèrent à 2039 F.

Les puits tarissaient durant l'été et les citernes particulières se révélaient parfois insuffisantes. Pour assurer la continuité de l'approvisionnement, la Commune envisagea de faire creuser un puits. Ce projet connut deux tentatives. En 1834, on décida de réaliser un puits de 25 m de profondeur, sur la place du Village, espérant trouver à ce niveau une eau permanente. Les travaux furent adjugés à un sieur CLERC le 22 février 1835, pour 1590F. Ils progressèrent lentement car l'entrepreneur rencontra une roche très dure et fissurée à laquelle il ne s'attendait pas. Le 30 mai 1835, il obtint un acompte sur la justification de la réalisation du tiers de la fouille. Le 12 janvier 1836, il avait creusé 16m. Le 19 juin de la même année, la cote -21m était atteinte, en -23m le 10 janvier 1837. L'eau n'ayant pas été trouvée à -25m, le conseil municipal décida de faire poursuivre l'excavation jusqu'à -30m, aux conditions initiales du devis. L'entrepreneur refusa : il avait dû utiliser pour les mines plus de poudre noire qu'il n'avait prévue, et perdu sur ce marché une somme considérable. Un accord intervint, au terme duquel, moyennant un supplément de 750F, il accepta de poursuivre les travaux. Le 5 avril 1838, la commune signa un procès-verbal de réception d'un puits de profondeur, sans eau. Il coûta 1775F, outre 125F d'honoraires à l'architecte. L'échec du puits de la place fut attribué au fait que le choix de son emplacement avait été dicté par des motifs de pure commodité, au centre des habitations, sons tenir compte des critères géologiques ou hydrologiques. Or, moyennant la modique somme de 35F, l'abbé PARAMELLE, de Saint Céré dans le Lot, offrait ses services de sourcier. Il garantissait le remboursement de la somme en cas d'insuccès et se flattait d'avoir trouvé plus de 300 points d'eau. Fort de ces engagements, le conseil municipal accepta de recourir à ses services. Le 19 avril 1849, l'abbé PARAMELLE affirma avoir découvert le site propice à la réalisation d'un puits : il se situait sur des terrains appartenant è MM. MORTUREUX et FROCHOT. Dès le 10 mai suivant, le conseil municipal délibéra d'entreprendre la fouille, après avoir obtenu un droits de passage des propriétaires. Le préfet fit connaître sa réticence à voir réaliser ces travaux sur des parcelles privées. En cas de succès, qu'adviendrait-il du puits, la commune exproprierait-elle ? Le 25 juin 1849, le conseil municipal arrêta de consacrer 200 F à la réalisation du sondage, et d'accorder 10 F à chacun des propriétaires concernés, à titre d'indemnité d'occupation temporaire, renvoyant à plus tard la question de l'acquisition des terrains. Le puits creusé, on y trouva très peu d'eau, provenant du drainage des terres environnantes, puis plus rien. Le 12 août 1851, le conseil municipal résolut de le reboucher. Il fallait l'admettre, espérer trouver un nouvelle nappe phréatique était utopique. Les besoins en eau de la population étaient toujours aussi pressants. L'idée vint donc de réaliser une grande citerne communale, si toutefois on trouvait à l'alimenter. Situé dans la rue Haute, à la limite du village, existait un puits dit ''Puits Renaud'', permettant d'accéder à une eau souterraine, circulant sur une couche argileuse. Le trop plein de ce puits semblait susceptible de pouvoir être récupéré. Fournirait-il assez d'eau ? Le 29 octobre 1853 fut adopté le projet de vérifier. En novembre 1853, on décida de faire creuser une conduite d'épreuve, destinée è calculer la capacité de production du trop-plein. Le 18 décembre de la même année, M.CHRETIEN fut déclaré adjudicataire du creusement d'une rigole entre le puits et la place du Village, afin d'y placer des « tuyots de terre cuite » conduisant l'eau par gravité jusqu'à l'emplacement projeté du réservoir. La réception de cet ouvrage eut lieu le 15 mars 1854. Le débit se révéla satisfaisant. M. Alfred SIRODOT, architecte, conçut un projet de grande ampleur : une citerne mesurant 15 mètres sur 12, sous 4 mètres de voûte. Elle serait composée de trois nefs voûtées, reposant sur six piliers. L'épaisseur des murs serait d'un mètre. La capacité atteindrait 325 m3. Les plans et le devis furent soumis au conseil municipal le 15 juillet 1854 et approuvés. Le 16 février 1855, les travaux furent adjugés à M. ZAIT, d'Is-sur-Tille. Rondement menés, ils s'achevèrent à l'automne et la mise en eau débuta le 17 novembre 1855. On ferma ensuite l'alimentation du réservoir, et tous ses accès, afin de vérifier son étanchéité. Elle se révéla déficiente et l'entrepreneur fut amené à effectuer des travaux de reprise qui retardèrent la réception de l'ouvrage. Celle-ci fut prononcée  à titre provisoire le 1er octobre 1861 seulement, et la réception définitive le 8 septembre 1864. Cette citerne coûta 7241 F, outre 2246 F pour la conduire et 1258 F pour la pompe. La municipalité avait exigé l'installation de cette dernière à la place de la « cage à seaux » suggéré par l'architecte en raison des risques d'actes de malveillance : on aurait pu jeter des immondices dans le réservoir si celui-ci était resté ouvert. La pompe de cuivre mise en place ne dura guère. Dès 1891, elle fut remplacée par une pompe de fonte, en forme de vase Louis XVI, munie d'un mécanisme de bronze, fournie pur la société MUTIN frères. La création du réservoir fut une opération coûteuse, mais utile, puisque constituent le dernier ouvrage destiné à l'alimentation collective en eau de Savigny, avant l'installation de l'eau courante, un siècle plus tard en 1962.

Avec les vestiges de la mare de l'Argillière, le réservoir de la place constitue le dernier témoignage des travaux d'utilité publique du XIXème siècle à Savigny. Puisse sa robuste élégance nous être conservée et nous rappeler les efforts collectifs consentis par nos prédécesseurs pour améliorer leurs conditions d'existence.
Benoît de CHARRY Sources : Archives départementales de la Côte d'Or, fonds E dépôt Savigny-le-Sec ; Série O